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Guillaume Vincent au Goethe Institut de Paris

Ce fut au tour du jeune pianiste français Guillaume Vincent de proposer un concert sur le thème de la nature, fil rouge de la saison. Il avait choisi un programme résolument romantique avec les quatre ballades opus 10 de Brahms suivies d’extraits de la première Année de pèlerinage, la Suisse, de Liszt: quoi de plus naturel pour ce natif savoyard que le cadre des alpages helvètes !

OEuvres de jeunesse composées dans la pensée de Clara Schumann, secrète dédicace, les ballades, postérieures néanmoins à ses sonates, n’en portent pas moins déjà la griffe du compositeur: tout Brahms s’y trouve. Guillaume Vincent en donne une interprétation inspirée, et tire du grand queue Blüthner au timbre si particulier tout ce qu’il est à même d’offrir, trouvant dans les respirations, l’écoute des silences, la profondeur et la largeur de ton requises, la concentration du son, notamment dans la première, si sombre, inspirée comme on le sait d’une effroyable légende écossaise. Sans forcer l’instrument, aux basses manquant de rondeur, il laisse s’épanouir le chant en courbes tendres dans la seconde, sous les arpèges éoliens de sa main droite. La troisième ballade en si mineur commence haletante: le pianiste restitue parfaitement son atmosphère fantastique, dont il dissout ses apparitions, ces vagues cloches et ce coucou étrange entendus dans la partie centrale, dans les accords de la fin. Le climat s’éclaircit un peu dans la quatrième en si majeur, qui commence comme une valse. Guillaume Vincent sait y varier les éclairages: il donne à sa ligne mélodique, longue et magnifique, très schumannienne, un vent de fraîcheur, un sentiment de printemps, tisse un nuage sur la palpitation du passage suivant, puis laisse percer furtivement la lumière de la mélodie qui se fige laissant place à la ferveur du choral final.

On quitte les paysages du nord pour les plus riantes vallées suisses, avec Liszt et sa Première année de pèlerinage. Le pianiste donne à La Chapelle de Guillaume Tell la majesté et la déclamation qui sied à son hymne, en prélude Au Lac de Wallendstadt, joué avec grande délicatesse: son chant serein et simple s’y déploie comme dans la lumière d’un jour naissant, sur l’onde d’une main gauche d’une belle fluidité. La rêverie poétique se poursuit avec Les Cloches de Genève, dans la douceur du toucher et une générosité de jeu faisant de l’épisode central, climax de la pièce, un moment de pure exaltation. La Vallée d’Obermann est la quatrième et ultime pièce donnée en miroir aux ballades brahmsiennes. Guillaume Vincent s’efforce de trouver le soutien sonore et le legato des graves de ce piano dont les basses sont difficiles à dompter. Il demeure dans la concentration de l’expression, dans la tension lyrique jusqu’aux déferlements d’octaves particulièrement impressionnants sous ses doigts, et parvient à extraire de l’instrument des couleurs incandescentes ou chaleureuses suivant les passages, les registres, faisant montre d’une technique sans faille.

Aux bravos qui fusent il offre une Humoresque de Dvorák très finement troussée, puis le célèbre Liebestraum n°3 de Liszt, à un public touché au coeur.

Par Jany Campello ,classicagenda le 5 mars 2018

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